Perte de poids et effet yoyo : et si nos graisses libéraient aussi des polluants ?
Quand on parle de perte de poids, on pense spontanément calories, alimentation, activité physique, hormones ou métabolisme. Pourtant, notre tissu graisseux est bien plus qu’un simple lieu de stockage de nos réserves énergétiques.
Au fil des années, il peut aussi accumuler certaines substances présentes dans notre environnement, notamment les POPs, ou Polluants Organiques Persistants. Parce que certains de ces composés ont une forte affinité pour les graisses et sont lentement éliminés, ils peuvent s’accumuler progressivement dans le tissu adipeux.
Et c’est précisément ce qui rend leur histoire intéressante lorsqu’on cherche à perdre du poids.
Lorsque nos cellules graisseuses diminuent de volume, les graisses sont mobilisées… mais certains polluants qui y étaient stockés peuvent également être remis en circulation.
Cela signifie-t-il que perdre du poids est mauvais pour notre organisme ? Absolument pas. Mais cela invite à regarder l’amaigrissement autrement : non comme une simple équation entre calories consommées et dépensées, mais comme un véritable processus physiologique qui mérite d’être accompagné intelligemment.
Et si cette mobilisation des polluants constituait, parmi beaucoup d’autres, une pièce supplémentaire du puzzle de la régulation du poids et de l’effet yoyo ?
C’est ce que je vous propose d’explorer.
POPs : ces polluants que notre organisme élimine difficilement
Mais au fait, qu’est-ce qu’un POP ?
Derrière cet acronyme un peu étrange se cachent les Polluants Organiques Persistants : une famille de substances chimiques qui ont pour particularité de rester très longtemps présentes dans notre environnement et dans les organismes vivants.
Certains ont été volontairement produits et utilisés pendant des décennies, notamment comme pesticides ou produits chimiques industriels. D’autres, comme certaines dioxines et certains furanes, sont principalement formés involontairement au cours de procédés industriels ou de combustions.
Parmi les POPs les plus connus, on retrouve notamment certains pesticides organochlorés comme le DDT, les PCB (polychlorobiphényles), ainsi que les dioxines et furanes.
Même lorsque l’utilisation de certaines de ces substances est interdite ou fortement réglementée depuis des années, elles peuvent continuer à être présentes dans les sols, les sédiments, l’eau et la chaîne alimentaire. C’est justement ce qui leur vaut le qualificatif de « persistants ».
Pourquoi les POPs posent-ils autant question ?
Trois caractéristiques permettent de mieux comprendre leur comportement :
- ⏳ PERSISTANTS Ils résistent à la dégradation et peuvent donc rester présents dans l’environnement pendant de longues périodes.
- BIOACCUMULABLES Certains POPs s’accumulent progressivement dans les organismes vivants et peuvent se concentrer au fil de la chaîne alimentaire. On parle alors également de bioamplification : les concentrations peuvent être plus importantes chez les animaux situés en haut de la chaîne alimentaire.
- ➡️ LIPOPHILES Beaucoup de POPs dits « historiques », comme les PCB ou les dioxines, ont une forte affinité pour les graisses. Une fois entrés dans l’organisme, ils peuvent donc se retrouver stockés notamment dans le tissu adipeux.
On peut résumer leur parcours très simplement :
ENVIRONNEMENT → ALIMENTATION / EXPOSITION → ORGANISME → TISSU ADIPEUX
Le tissu adipeux devient ainsi l’un des compartiments dans lesquels certains de ces composés peuvent rester stockés pendant des années. Une particularité essentielle pour comprendre ce qui se passe lors d’une perte de masse grasse.
POPs : peut-on vraiment les éviter ?
Difficile de les éviter totalement. Nous sommes tous exposés, à des degrés variables, notamment parce que certains POPs anciens sont encore présents dans notre environnement et notre alimentation malgré leur interdiction ou leur réglementation.
L’objectif n’est donc surtout pas de vivre dans une bulle ni de chercher le « zéro polluant », mais de comprendre d’où viennent les principales expositions pour pouvoir, lorsque c’est possible, les réduire. Et surtout, pas de culpabiliser : notre exposition dépend aussi de notre environnement et de notre histoire de vie.
Notre tissu gras : une réserve d’énergie… mais pas seulement !
Le tissu adipeux est d’abord une réserve d’énergie : lorsque nos apports dépassent nos besoins, une partie de l’énergie est stockée sous forme de triglycérides dans les adipocytes ; lorsque les besoins augmentent ou que les apports diminuent, ces réserves peuvent être mobilisées.
Mais il est bien plus qu’un simple réservoir. Véritable organe métabolique et endocrinien, il communique avec le reste de l’organisme et peut aussi stocker certaines molécules lipophiles, c’est-à-dire attirées par les graisses.
Le tissu adipeux : une sorte de « zone de stockage » pour certains POPs
Après leur entrée dans l’organisme, certains POPs lipophiles ont tendance à se répartir dans les compartiments riches en lipides, notamment le tissu adipeux.
Ils peuvent y rester longtemps, selon le composé, le niveau d’exposition et la physiologie de chacun.
Cette mise en réserve peut temporairement limiter la quantité de certains polluants circulant dans le sang et leur disponibilité pour d’autres tissus.
Mais cela ne signifie pas que la graisse « détoxifie » l’organisme ni qu’elle emprisonne définitivement ces polluants : il est plus juste de parler de séquestration.
Or ce stockage n’est pas figé.
Que se passe-t-il lorsque nous perdons de la masse grasse ?
Lors d’une perte de masse grasse, les adipocytes ne disparaissent généralement pas : ils diminuent surtout de volume.
Pour répondre aux besoins énergétiques, leurs triglycérides sont mobilisés : c’est la lipolyse.
Et lorsque certains POPs lipophiles sont présents dans ces tissus, cette mobilisation peut aussi modifier leur répartition : une partie peut alors être remise en circulation dans le sang.
On peut résumer ce mécanisme très simplement :
ADIPOCYTE
Graisses + certains POPs stockés
↓
PERTE DE MASSE GRASSE / LIPOLYSE
L’adipocyte diminue de volume
↓
MOBILISATION DES LIPIDES
et modification du stockage des POPs
↓
CIRCULATION SANGUINE
Certains POPs deviennent davantage disponibles dans l’organisme
Le tissu adipeux : refuge ou réservoir pour les polluants ?
Un peu des deux.
Le tissu adipeux peut séquestrer temporairement certains polluants lipophiles, mais ceux-ci ne sont pas pour autant éliminés de l’organisme.
Ils restent, en quelque sorte, « mis en réserve ».
Lorsque nous puisons dans nos réserves graisseuses, nous ne mobilisons donc pas uniquement de l’énergie : nous pouvons aussi modifier le devenir de certaines molécules qui y étaient stockées.
Reste alors une question : que deviennent ces POPs lorsqu’ils sont davantage remis en circulation pendant une perte de poids ?
Perte de poids : que deviennent les POPs stockés dans nos graisses ?
La réponse tient en un changement de compartiment : une partie des POPs jusque-là séquestrés dans le tissu adipeux peut se retrouver davantage présente dans la circulation sanguine.
Certains POPs qui étaient jusque-là stockés dans le tissu adipeux peuvent eux aussi être remobilisés et se retrouver davantage présents dans la circulation sanguine.
Ce phénomène a notamment été observé lors de pertes de poids importantes : les concentrations sanguines de certains POPs peuvent augmenter alors même que la masse grasse diminue.
Le paradoxe n’est qu’apparent : le polluant n’est pas forcément nouvellement entré dans l’organisme ; il était déjà présent, mais stocké ailleurs.
Du tissu adipeux vers le sang
Lorsque les réserves graisseuses sont mobilisées, l’équilibre entre stockage et circulation se modifie :
Tant que son volume reste relativement stable, une partie des POPs lipophiles reste « séquestrée » dans les graisses. Lorsque les réserves graisseuses sont mobilisées, l’équilibre se modifie :
TISSU ADIPEUX ↓ → MOBILISATION DES GRAISSES → REMOBILISATION DE CERTAINS POPs → POPs CIRCULANTS ↑
Cette hausse sanguine peut être transitoire. Elle mérite néanmoins notre attention car un composé circulant est potentiellement davantage disponible pour être redistribué vers différents tissus… ou pris en charge par les voies d’élimination de l’organisme.
⚠️ Alors… faut-il avoir peur de perdre du poids ?
Non, bien au contraire.
Ce mécanisme ne remet pas en question l’intérêt d’une perte de poids lorsqu’elle est indiquée pour la santé. Il rappelle simplement qu’une perte de masse grasse est un processus métabolique, et pas seulement une baisse du chiffre sur la balance.
Il nous rappelle simplement qu’une perte de masse grasse constitue un véritable bouleversement métabolique, et pas seulement une diminution du chiffre affiché sur la balance.
L’enjeu n’est donc évidemment pas de conserver sa masse grasse parce qu’elle stocke certains polluants, mais de réfléchir à la manière dont on perd du poids.
Les régimes très restrictifs et les pertes rapides peuvent aussi favoriser la perte de masse musculaire, les adaptations métaboliques et la reprise de poids. Autant de raisons de privilégier une démarche progressive, durable et adaptée à chacun.
Et une fois remis en circulation, que fait notre organisme de ces POPs ?
Une partie de ces molécules peut être redistribuée vers différents tissus. L’organisme dispose également de mécanismes permettant de transformer et/ou d’éliminer certains composés, notamment via le foie, la bile, les selles et, selon leurs caractéristiques, les urines.
Mais les POPs portent bien leur nom : leur persistance signifie que leur élimination peut être lente et variable d’une molécule à l’autre.
On peut donc se retrouver temporairement dans cette situation :
STOCKAGE DANS LE TISSU ADIPEUX
↓ perte de masse grasse
REMISE EN CIRCULATION
↓ redistribution / prise en charge par l’organisme
TRANSFORMATION ET/OU ÉLIMINATION… parfois lentes
À RETENIR
Perdre de la graisse, ce n’est donc pas simplement « brûler des calories ».
En mobilisant son tissu adipeux, l’organisme peut aussi modifier la répartition de substances lipophiles qui y étaient stockées depuis parfois longtemps.
Un constat qui ne doit pas faire peur à la perte de poids, mais qui renforce l’intérêt d’une démarche progressive, accompagnée et respectueuse de la physiologie.
POPs et effet yoyo : pourraient-ils aussi entrer dans l’équation ?
Pourquoi est-il parfois si difficile de maintenir le poids perdu ?
L’effet yoyo est complexe et multifactoriel. Après une perte de poids, l’organisme s’adapte : dépense énergétique, signaux de faim et de satiété, hormones, masse musculaire… Les POPs ne peuvent donc évidemment pas expliquer à eux seuls la reprise de poids.
Mais une autre question intéresse les chercheurs : les polluants remobilisés par le tissu adipeux pourraient-ils, eux aussi, influencer certains mécanismes impliqués dans la régulation du poids ?
À ce stade, il s’agit d’une hypothèse scientifique intéressante, pas d’une relation de cause à effet démontrée chez l’être humain. Certaines revues suggèrent que l’augmentation des POPs circulants lors d’un amaigrissement important pourrait contribuer à des perturbations métaboliques et, potentiellement, à la reprise de poids.
① Certains POPs peuvent-ils perturber notre métabolisme ?
Tous les POPs n’ont pas les mêmes effets. Certains sont toutefois étudiés pour leur capacité à interférer avec la signalisation hormonale, le métabolisme énergétique, le fonctionnement du tissu adipeux ou l’inflammation. Certains composés sont ainsi qualifiés de potentiels « obésogènes », c’est-à-dire susceptibles d’interférer avec des mécanismes impliqués dans le développement et le fonctionnement du tissu adipeux.
Des travaux expérimentaux ont notamment mis en évidence des interactions avec certains récepteurs nucléaires impliqués dans la différenciation des adipocytes et le métabolisme des lipides, comme PPARγ, ainsi que des effets pro-inflammatoires. Une grande partie de ces données provient toutefois d’études cellulaires ou animales : elles ne permettent pas de conclure que les POPs provoquent une reprise de poids chez l’humain.
On pourrait donc imaginer le scénario suivant :
PERTE DE MASSE GRASSE
↓
remobilisation de certains POPs
↓
augmentation de leur présence dans le sang
↓
interactions possibles avec certains mécanismes métaboliques
↓
un facteur supplémentaire susceptible d’influencer la régulation du poids ?
Le point d’interrogation est donc essentiel.
② Notre corps garde-t-il une « mémoire » de son ancien poids ?
Oui, mais les POPs n’en sont qu’une partie éventuelle.
Lorsque nous perdons du poids, l’organisme s’adapte. La dépense énergétique peut notamment diminuer au-delà de ce que la seule baisse de masse corporelle laisserait attendre : c’est l’adaptation métabolique, ou thermogenèse adaptative.
À cela s’ajoutent :
- les modifications de la faim et de la satiété
- la composition corporelle
- le sommeil
- le stress
- l’activité physique
- l’environnement alimentaire.
Maintenir un nouveau poids peut donc être plus complexe que perdre des kilos.
Les POPs pourraient ainsi représenter une pièce supplémentaire d’un puzzle beaucoup plus vaste, et non l’explication cachée de l’effet yoyo.
③ Sommes-nous tous égaux face aux POPs ?
Pas nécessairement.
Notre « charge corporelle » en POPs dépend des molécules auxquelles nous avons été exposés, de l’intensité et de la durée de cette exposition, mais aussi de l’âge, de la composition corporelle et de l’histoire de nos variations de poids. Leur répartition entre tissu adipeux et sang varie également selon les individus et les composés.
L’âge peut ainsi refléter une histoire d’exposition différente : dans une étude menée après chirurgie bariatrique, les participants les plus âgés présentaient avant l’intervention des concentrations de certains PCB et pesticides organochlorés supérieures à celles des participants plus jeunes.
Une raison supplémentaire de sortir d’une vision simpliste du poids : deux personnes suivant le même programme ne partent pas nécessairement avec la même histoire métabolique… ni environnementale.
Alors, les POPs sont-ils responsables de l’effet yoyo ?
Pas à ce jour.
Les données montrent que la perte de masse grasse peut augmenter les concentrations sanguines de certains POPs. En revanche, démontrer que cette remobilisation provoque ensuite une reprise de poids chez l’humain est une autre question, encore insuffisamment documentée.
L’effet yoyo n’est donc ni une simple histoire de volonté, ni une simple histoire de calories. Les POPs constituent une piste de recherche supplémentaire au sein d’un ensemble de facteurs biologiques, comportementaux et environnementaux.
Alors concrètement, comment accompagner une perte de poids en tenant compte des POPs ?
Après tout cela, une question se pose naturellement : peut-on agir ?
L’objectif n’est ni de « nettoyer » totalement notre organisme des polluants accumulés au cours de la vie - ce serait irréaliste - ni de multiplier les cures détox et les compléments alimentaires.
L’approche la plus cohérente est plus simple : réduire autant que possible les nouvelles expositions, perdre du poids progressivement lorsque cela est nécessaire et soutenir les fonctions physiologiques de l’organisme.
1. Réduire les expositions… sans chercher à vivre dans une bulle
Premier réflexe : pendant que l’organisme gère ce qu’il a déjà accumulé, évitons autant que possible d’ajouter de nouvelles expositions.
L’alimentation constitue une voie importante d’exposition à plusieurs POPs historiques. Comme certains se concentrent au fil de la chaîne alimentaire, les aliments d’origine animale riches en graisses peuvent contribuer davantage à l’exposition à certains d’entre eux - avec de fortes variations selon le polluant.
Il ne s’agit pas de supprimer des familles entières d’aliments, mais de diversifier son alimentation et ses sources de protéines, de varier les espèces de poissons, de suivre les recommandations sanitaires concernant les poissons et zones de pêche, de privilégier une alimentation peu transformée et de réduire, lorsque c’est possible, les expositions environnementales évitables.
Le maître-mot : varier, pour ne pas concentrer toujours les mêmes sources potentielles d’exposition.
Perdre du poids progressivement plutôt que brutalement
C’est probablement l’un des messages clés de cet article.
La perte de masse grasse peut s’accompagner d’une hausse sanguine de certains POPs. Cela ne signifie ni qu’une perte rapide provoquerait systématiquement une « intoxication », ni qu’il existe une vitesse de perte spécifiquement établie pour éviter leur mobilisation.
Une démarche progressive aide en revanche à préserver la masse musculaire, à couvrir les besoins nutritionnels et à installer des habitudes compatibles avec le maintien du poids à long terme.
Encore une raison de se méfier des régimes drastiques et des promesses du type « -10 kg en quelques semaines ».
Le véritable objectif n’est pas : PERDRE VITE
mais plutôt : PERDRE DURABLEMENT → PRÉSERVER LE MUSCLE → NOURRIR CORRECTEMENT L’ORGANISME → STABILISER
Soutenir les voies physiologiques d’élimination
Notre organisme possède déjà ses propres systèmes de transformation et d’élimination : le foie, les reins et l’intestin y participent en permanence.
Le foie transforme de nombreux composés afin de faciliter leur élimination. Certains peuvent ensuite être évacués par la bile vers l’intestin, d’autres par voie urinaire, selon leurs caractéristiques.
Plutôt que de rechercher une « détoxification » spectaculaire, l’enjeu est de donner à l’organisme de bonnes conditions de fonctionnement : alimentation variée et nutritive, apports protéiques adaptés, végétaux, hydratation suffisante et transit régulier.
Et si l’intestin avait un rôle particulièrement intéressant?
L’intestin mérite ici une attention particulière.
Lorsqu’un composé est éliminé dans la bile et arrive dans l’intestin, il n’est pas forcément définitivement sorti de l’organisme : certaines molécules peuvent être réabsorbées et retourner vers le foie. C’est la circulation entérohépatique.
D’où l’intérêt potentiel d’une alimentation suffisamment riche en fibres et d’un transit régulier. Certaines fibres peuvent participer à la fixation de composés dans le contenu intestinal et favoriser leur élimination dans les selles.
Cela ne transforme évidemment pas les fibres en « aspirateur à POPs » : les effets dépendent du polluant et les données chez l’humain restent limitées. Mais c’est une raison supplémentaire de faire une large place aux végétaux.
légumes crus et cuits + fruits + légumineuses + céréales complètes ou semi-complètes + graines et oléagineux
Rien de spectaculaire… mais beaucoup de physiologie !
Et les cures « détox » dans tout ça ?
Charbon, algues, plantes, jeûnes, compléments « détox »… la tentation peut être grande lorsqu’on découvre que certains polluants sont stockés dans nos graisses.
Mais « naturel » ne signifie pas automatiquement efficace ni sans risque, et nous ne disposons pas de preuves permettant de considérer les cures détox classiques comme une méthode efficace d’élimination des POPs accumulés dans le tissu adipeux.
La priorité est moins spectaculaire, mais plus cohérente :
moins exposer + perdre progressivement si nécessaire + préserver sa masse musculaire + bien nourrir et hydrater son organisme + favoriser un transit régulier + soutenir le fonctionnement du foie et des reins + entretenir sa vitalité…
Conclusion — Le poids n'est décidément pas qu'une histoire de calories
Si vous avez lu mes précédents articles sur le poids, vous connaissez déjà cette idée : notre poids ne se résume pas à une addition et une soustraction de calories.
Le tissu adipeux n’est pas un simple réservoir que l’on remplit et que l’on vide. C’est un tissu vivant, métaboliquement actif, qui communique avec l’ensemble de l’organisme et peut aussi stocker certaines molécules lipophiles auxquelles nous avons été exposés au cours de notre vie.
Lors d’une perte de masse grasse, nous mobilisons donc de l’énergie, mais nous pouvons également modifier la répartition de certains polluants persistants, avec une hausse parfois transitoire de leurs concentrations dans le sang.
Les POPs expliquent-ils pour autant l’effet yoyo ? Non.
Ils constituent plutôt une pièce supplémentaire d’un puzzle beaucoup plus vaste : hormones, adaptation métabolique, masse musculaire, alimentation, activité physique, sommeil, stress, environnement, histoire pondérale… autant de facteurs susceptibles de participer à la régulation du poids et à son maintien dans le temps.
C’est le message essentiel à retenir.
Notre organisme n’a pas besoin d’être brusqué. Il a besoin d’être accompagné.
Plutôt que de chercher à perdre le plus de kilos possible, le plus vite possible, une autre question me paraît plus utile :
- Comment puis-je aider mon corps à perdre ce poids progressivement, tout en préservant son équilibre et en lui donnant les moyens de s'adapter ?
Car une perte de poids réussie ne se mesure peut-être pas seulement au nombre de kilos perdus… Mais surtout à notre capacité à ne pas avoir à les reperdre quelques mois plus tard.
Pour aller plus loin – Références scientifiques
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet, voici les principales publications scientifiques sur lesquelles s’appuie cet article :
- La Merrill M. et al. (2013). Toxicological Function of Adipose Tissue:
Focus on Persistent Organic Pollutants.Environmental Health Perspectives, 121(2), 162–169. Une publication de référence sur le rôle du tissu adipeux dans le stockage, la séquestration et la remobilisation des POPs. Consulter l'article - Cheikh Rouhou M. et al. (2016). Adverse effects of weight loss:
Are persistent organic pollutants a potential culprit?Diabetes & Metabolism, 42(4), 215–223. Une revue particulièrement intéressante sur la remobilisation des POPs lors d'une perte de poids et leurs possibles conséquences métaboliques. Consulter la publication - Jansen A. et al. (2017).
Increased blood levels of persistent organic pollutants (POP) in obese individuals after weight loss—A review. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 20(1), 22–37. Une revue de 17 études montrant que la perte de poids peut s'accompagner d'une augmentation des concentrations sanguines de différents POPs. Consulter la publication - Aaseth J. et al. (2022). The Role of Persistent Organic Pollutants in Obesity: A Review of Laboratory and Epidemiological Studies. Toxics, 10(2), 65. Une revue récente consacrée aux liens possibles entre POPs, tissu adipeux, inflammation, métabolisme et régulation du poids. Consulter l'article en accès libre
- Bennett K.A., Sutherland C., Savage A.L. (2024). A systematic review and meta-analysis of environmental contaminant exposure impacts on weight loss and glucose regulation during calorie-restricted diets in preclinical studies: Persistent organic pollutants may impede glycemic control. Biochemical Pharmacology, 225, 116300. Une revue systématique et méta-analyse récente explorant les interactions entre exposition aux POPs, perte de poids et régulation métabolique, principalement à partir de données précliniques. Consulter la publication
À RETENIR
Les recherches confirment que certains POPs peuvent s’accumuler dans le tissu adipeux et être remobilisés lors d’une perte de masse grasse.
Leur rôle éventuel dans l’effet yoyo reste toutefois une piste de recherche : aucune relation de cause à effet n’est aujourd’hui démontrée chez l’être humain.


